LANDIVISIAU
Expositions photographiques sur le thème :
« Dans le sillage de Segalen »
Du vendredi 10 mai au dimanche 22 septembre 2019

Thomas DUPAIGNE

94300 VINCENNES

Parcours artistique
Je suis photographe professionnel spécialisé dans le domaine de la nature, depuis 30 ans.

J'ai commencé ma carrière dans la presse généraliste pour des photos d'actualités, puis très vite, j'ai découvert l'univers de jardins par le biais d'un livre sur le jardins secrets de Paris. Ce fut une vraie découverte. Je suis donc parti en quête de ces si beaux lieux dans un univers citadin.

Puis j'ai visité nombre de jardins en France et à l'étranger. Pour la photo, la chasse aux belles lumières matinales et aux couleurs, mais surtout pour les rencontres avec des gens passionnés, les jardiniers, qui ne vivent que pour leur passion, ils m'ont beaucoup apportés : patience et ténacité.

Je me suis tourné vers la presse spécialisée dans le domaine du jardin, pour continuer les rencontres. Les reportages se sont enchainés, à une époque qui semble révolue, où la presse achetait encore les photographies.

Puis est arrivé le numérique, avec son changement de rythme et d'organisation. Une période de transition difficile qu'il a bien fallu suivre, les rédactions travaillant de plus en plus vite. L'arrivée des banques d'images sur internet a mis fin à mon activité d'illustrateur jardin.

Cela m'a conduit, par obligation, à réfléchir sur ma profession. J'ai décidé d'orienter mon travail sur un parcours plus artistique, tout en restant dans le domaine de la nature, qui contribue à former mon équilibre.

Les nouvelles technologies m'ont ouvert des pistes et m'ont aidé à développer mon regard qui n'est plus fixe au grand angle, sur trépied, mais attiré par des détails ou bien au ras du sol.

Je travaille sur plusieurs séries, en même temps, selon les moments. J'en abandonne certaines pendant quelques temps, pour y revenir plus tard, avec plus d'inspiration. Selon mes promenades, ou mes envies, je photographie du compost, des toiles d'araignées (“les tricoteuses de rêves”), des fruits pourris, des plantes poussant en milieu urbain (“les malgré tout”), des sujets divers contrastés (“calligraphie des songes”).

Une série m'accapare plus que les autres, il s'agit de “Dans l'oeil d'une fourmi”. Une promenade onirique aux pieds des arbres, tel un insecte. Une vision différente, qui nous interpelle et nous fait prendre conscience de notre fragilité face à la nature. Une série que j'expose régulièrement et avec laquelle j'édite des cartes postales, que je vends en direct dans des fêtes des plantes, ou chez des revendeurs : châteaux (Vaux-le-Vicomte, La Roche Guyon, Chaumont/Loire), Abbaye de Royaumont, Parc floral Paris et Orléans, de nombreuses librairies partout en France. Cela constitue l'essentiel de mes revenus actuels.

Mais, ce n'est pas cette série que j'ai décidé de mettre en avant pour le concours “Photos en poésie” à Landivisiau.


Note d'intention
La série présentée s'intitule “La dernière feuille”.

Une promenade hivernale, dans des bois ou arboretums où je me rends souvent. Les arbres sont dénudés, n'apparaissent plus que le mouvement et le graphisme des branches, mais en y regardant plus attentivement, il y a toujours une petite dernière.

Celle qui ne veut pas tomber, résiste, lutte contre les bourrasques d'hiver.
Celle qui semble nous dire : “j'ai gagné, c'est moi la plus forte”.
Celle qui nous rappele comment c'était avant, promesse de renouveau, du printemps prochain.

J'ai toujours été fasciné par ce lien invisible qui relie l'ultime survivante à sa branche. Pourquoi elle? Je sais que à l'automne les feuilles tombent car elles ne servent plus à l'arbre et qu'il va bloquer la circulation de la sève, pour affronter l'hiver. Mais, pourquoi en laisser? Simple hasard, sans doute, mais nous aprenons que les arbres communiquent entre eux, qu'ils sont capables d'émettre des toxiques en cas d'attaques de prédateur. Et si c'était la plus importante, celle qu'il faut garder pour assurer la survie?

Voici donc quelques portraits de ces “survivantes” solitaires.
Des photos en gros plan, avec des dominantes bleutées de l'hiver, d'où émergent quelques points de lumières ou de couleurs, pour mieux guider le regard vers le sujet.

Pour moi, un tel sujet se doit d'être onirique et j'ai choisi des techniques mixtes pour mon rendu. J'ai ainsi travaillé en plusieurs étapes : prise de vue en numérique, retouche de l'image, photographie du tirages avec une pellicule argentique qui change les couleurs et les contrastes, puis photo du tirage en numérique. Ces manipulations diverses conduisent à des photos contrastées, avec des couleurs faussées, grain important et netteté incertaine, pour un univers difus, fantomatique.

Un hommage poétique à la mort tragique de Victor Segalen, seul en forêt d'Huelgoat, au pied d'un arbre. Lui n'a pas su résister aux bourrasques d'hiver.
Avant de s'éteindre, sa vue brouillée fut-elle pour les feuilles présente au dessus de lui?