LANDIVISIAU
Expositions photographiques sur le thème :
« Dans le sillage de Segalen »
Du vendredi 10 mai au dimanche 22 septembre 2019

Dominique FAJNZANG

22000 SAINT BRIEUC

De par ma formation et mon parcours artistique, je suis sans doute plus artiste plasticienne que photographe, néanmoins je me suis sentie autorisée à candidater par rapport au thème du festival.

J’ai eu connaissance de celui-ci par l’association Victor Segalen dont je suis adhérente.

En effet, l’an passé j’ai réalisé une série de photos de portraits de V. Segalen dont j’ai fait un montage vidéo : Voyage au pays du visage.
https://vimeo.com/264726396 - durée 5mn que je vous adresse également par We transfer

Pour précision, ces portraits sont des dessins au fusain que j’ai réalisés et qu’ensuite j’ai photographiés sous différentes lumières.

Cette vidéo a été diffusée lors du colloque de Cerisy en juillet dernier : Attentif à ce qui n’a pas été dit accompagnée d’une communication qui sera insérée aux actes du colloque prochainement publiés chez Hermann. (avec des photos)

Elle sera également diffusée au prochain colloque organisé par la Faculté des Lettres à Brest en mai prochain et ainsi qu’à d’autres manifestations organisées pour le centenaire.

J’ai fait une sélection de 5 photos de la vidéo mais bien sûr, si mon travail vous intéressait, le choix peut être repensé avec vous. Je vous adresse par courrier postal un livre photos à ce sujet.

Il est aussi possible que la vidéo vous intéresse davantage ou avec les photos et je la propose également au festival si vous disposiez d’un lieu pour la diffuser.

Je vous joins la totalité de ma communication dont j’extrairai des passages en fonction des photos retenues, toujours dans l’éventualité où mon travail vous intéresse.

Fichier PDF de présentation :  /ckeditor/kcfinder/upload/files/Photos%20en%20po%C3%A9sie.pdf


Avec mes très cordiales salutations,
Dominique Fajnzang.


Note d'intention
NOTE D’INTENTION
Artiste plasticienne, je m’intéresse à l’espace, celui du monde où nous vivons, celui du corps comme celui de la mémoire et de l’imaginaire, précisément là où tout vibre et s’enlace. Une lisière.

Que j’explore avec divers médium que ce soit la peinture, le dessin, la photo, l’installation ou la performance, la vidéo me permettant tout à la fois d’articuler ces différents médium et d’inscrire une narration.

Je prolonge ma recherche sur le dessin en le positionnant à la lumière et à ses variations : dessiner avec la lumière. Une manière de lui faire éprouver le réel, de le mettre au monde.

Dans cet esprit, Voyage au Pays du Visage est une vidéo qui, à partir de photos, conjugue une série de portraits de Segalen avec la forêt de Huelgoat. Ce travail cherche à entrer en écho avec l'interrogation sur les rapports entre réel et imaginaire qui est centrale au coeur de l'oeuvre de Segalen et à rendre compte aussi du "mystère" que la mort prématurée de Segalen dans le Huelgoat projette rétrospectivement sur toute sa
vie et sa personnalité.

Une tentative de construction du visage intérieur.

Tous nos visages sommeillent en nous, ceux du passé comme ceux à venir et tous nous regardent.

Légendes des photographies
photo1

Nous sommes à Huelgoat. On marche dans les jonchées de feuilles mortes. Blanc. La forêt émerge d’une vapeur blanche, quelques pâles lignes s’en dégagent, quelques traces d’écheveaux blancs et serrés entre les troncs lisses et les roches. Quand cette vapeur se délite, la forêt glisse vers des gris et des noirs qui lui restituent sa profondeur. Une entaille dans le chaos nous ouvre la porte de la forêt. Nous entrons à la suite des pas mouillés. Segalen nous a précédés. Il est là « Je continue ma végétation, du matin au soir dans les arbres. »

photo2
« Le reflet dans des yeux doit contenir tout ce qu’ils voient ou rêvent ». Sa présence serait presque palpable dans cette lumière mouvante qui se pose sur lui et qui, tributaire du ciel, des nuages et du vent, redessine indéfiniment son visage. Quelque chose court de visage en visage pourtant si dissemblables et pourtant le même. Qu’importe…
« Nous nous sommes trouvés (doucement) face à face ; l’Autre, comme s’il me barrait silencieusement le chemin prolongé en dehors de moi, malgré moi. Je l’ai reconnu tout de suite ; plus jeune que moi, de quinze ans, il en portait seize ou vingt… L’Autre était moi, de seize à vingt ans. - … un pan de ce voile de ma vie, flottait donc ici, dans les vapeurs roulantes du torrent… »

photo3
Des pans de vie flottent ici dans les enchevêtrements brouillés du Huelgoat, serrés dans la roche moussue et dans les remous de la rivière d’argent sur le bord de laquelle une stèle se dresse, face à l’orient. D’autres stèles sont disséminées dans la forêt. Dans une clairière plus loin, l’une d’elle est face au Midi quand une autre, en haut d’un petit tertre, se tient au bord du chemin. Ouvrant la voie aux visages qui passent, les stèles font signe qui « forcent à l’arrêt debout, face à leurs faces ».

photo4
Les signes sont partout dans la forêt : idéogrammes d’encre de chine tatoués sur les stèles, griffures de la pierre comme une écriture ancienne remontée du magma, dentelle hivernale de branchages drapant le ciel, ils résonnent entre eux portés par les vibrations d’une harpe lointaine. Des échos ricochent de la pierre au visage, à l’idéogramme, aux arbres, au regard, aux stèles. La pierre nous habite, d’une mémoire archaïque. Le squelette n’est-il pas fait de calcite tout comme le calcaire ? Alors calcaire, schiste ou granit, nous habitons la pierre…

photo5
La rivière d’argent coule vers le gouffre, les roches se pressent en chaos. Segalen se dresse, de pied, appuyé contre une roche dans son manteau qu’une flèche de lumière venue du sol illumine. Puis son visage paraît à nouveau, cinglé un court instant par une lumière blanche qui glisse sur lui et le happe. Ses yeux frissonnent. Des signes comme des idéogrammes où l’on croit même reconnaître un visage renversé se détachent sur un pan étincelant. Son manteau étincelle. Segalen est devenu stèle, pierre de lumière.